
L’essentiel à retenir : Le ragondin, introduit en Europe pour sa fourrure, prolifère sans régulation naturelle, détruisant les cultures (maïs, blé) et fragilisant les berges par ses terriers. Capable de 3 portées annuelles de 6 à 7 petits, sa dispersion fulgurante dans plus de 70 départements français en fait un défi écologique majeur.
Vous confondez souvent ragondin, castor et rat musqué, ou vous inquiétez de sa présence intrusive près des cours d’eau ? Ce guide passionné, rédigé par un écologue, vous révèle tout sur ce mammifère sud-américain : ses incroyables dents orange adaptées à sa vie aquatique, ses terriers qui fragilisent berges et digues, ou encore sa voracité herbivore qui ravage cultures et écosystèmes. Découvrez aussi son côté paradoxal – ingénieur des berges mais espèce invasive – et les défis de sa régulation, entre zoonoses comme la leptospirose et sa prolifération galopante (3 portées annuelles !). Un concentré d’émerveillement et d’enjeux écologiques.
Sommaire
- 1 Portrait-robot du ragondin : qui est vraiment ce voyageur sud-américain ?
- 2 Dans l’intimité du ragondin : habitat et mode de vie d’un ingénieur des berges
- 3 Au menu du ragondin : un herbivore à l’appétit féroce
- 4 Une espèce invasive : pourquoi le ragondin est-il classé nuisible ?
- 5 Ragondin et santé humaine : quels sont les risques réels ?
- 6 Gestion du ragondin : entre régulation et coexistence
- 7 FAQ
- 7.1 Le ragondin est-il considéré comme un nuisible ?
- 7.2 Quel est l’intérêt écologique du ragondin ?
- 7.3 Le ragondin peut-il transmettre des maladies aux humains ?
- 7.4 Quel est le régime alimentaire du ragondin ?
- 7.5 La chasse au ragondin est-elle autorisée ?
- 7.6 Le ragondin est-il un simple rat d’eau ?
- 7.7 Quels facteurs attirent particulièrement les ragondins ?
- 7.8 Qui est habilité à piéger les ragondins ?
- 7.9 Les ragondins consomment-ils du poisson ?
Portrait-robot du ragondin : qui est vraiment ce voyageur sud-américain ?
Une carte d’identité détaillée
Lors de mes premières observations, ce n’est pas sa taille imposante qui m’a marqué, mais sa fluidité dans l’eau. Ce mammifère rongeur, Myocastor coypus, n’est ni un castor ni un rat géant. Ses pattes arrière partiellement palmées et sa queue cylindrique en font un nageur redoutable. Ses incisives orangées, renforcées par du fer, résistent à l’usure liée à sa vie aquatique. Avec 20 dents, dont ces incisives spectaculaires, il peut ronger des racines ou des écorces sans s’user les mâchoires.
Les mâles atteignent 9 kg, avec un corps de 60 cm et une queue de 40 cm. Les femelles, plus petites (5 kg), allaitent leurs petits, les ragondineaux, grâce à des mamelles situées sur les flancs. Cette adaptation unique leur permet de nager en soutenant leur progéniture. Son pelage brun et imperméable le protège même dans des eaux saumâtres. Pour l’identifier, notez son museau carré et sa queue glabre, différente de celle du castor. Contrairement au rat musqué, sa queue est ronde, non ovale.
Un seul type de ragondin, mais une histoire d’introduction complexe
Il n’existe qu’une seule espèce. Son arrivée en Europe au XIXe siècle répond à la demande de fourrure. Les premiers élevages en France datent de 1880, mais l’échec économique a conduit à des évasions ou lâchers. Aujourd’hui, il colonise plus de 70 départements français, profitant d’un milieu sans prédateurs naturels. Son expansion fulgurante s’explique par sa capacité à s’adapter à tous les milieux aquatiques : canaux, rivières, marais. Pourtant, sa survie hivernale dépend des températures : en dessous de 0°C, sa queue gèle, entraînant gangrène et mort. Cette sensibilité au froid explique son absence dans les régions aux hivers rigoureux.
Dans l’intimité du ragondin : habitat et mode de vie d’un ingénieur des berges
Le maître des milieux aquatiques
Observez ce mammifère semi-aquatique, parfaitement adapté à sa vie aquatique. Ses pattes arrière palmées lui permettent de nager avec agilité, tandis que ses incisives orangées façonnent la végétation pour consolider ses terriers. Ces galeries de 6 à 7 mètres, véritables chefs-d’œuvre d’ingénierie, s’enfoncent dans les berges avec une entrée subaquatique stratégique. À l’intérieur, des chambres sèches accueillent les familles de 5 à 13 individus.
Chaque soir, ce rongeur construit des plateformes de végétation pour se toiletter ou dévorer racines et tubercules. Son pelage brun foncé, imperméable, le protège des eaux froides, mais son métabolisme reste fragile : au-dessous de 0°C, sa queue peut geler, entraînant sa mort. Ce lien vital avec l’eau explique pourquoi il évite soigneusement les habitations humaines. Les groupes familiaux, menés par un mâle dominant, partagent les tâches de construction et de vigilance.
Un emploi du temps bien rempli : entre vie de famille et exploration
À la tombée de la nuit, les ragondins sortent de leurs repaires. Créatures sociales, ils vivent en groupes familiaux guidés par un mâle dominant. Leurs vocalises surprenantes – sifflements aigus, grognements gutturaux – rythment leurs interactions. Les femelles, dotées de mamelles sur les flancs, allaitent leurs petits (3 à 6 par portée) même en déplacement aquatique, une adaptation unique chez les rongeurs.
Dans les marais tranquilles, ces ingénieurs des berges passent leur temps à creuser, nager et brouter. Malgré une vision limitée, leurs moustaches hypersensibles détectent les mouvements dans l’eau. Leur régime herbivore (roseaux, maïs, glands) façonne l’écosystème : en consommant 20 % de leur poids quotidien en végétation, ils régulent la croissance des plantes aquatiques. Pourtant, cette voracité explique leur statut d’espèce invasive en Europe – un paradoxe écologique fascinant. Leur activité creusante fragilise également les digues et modifie la structure des berges artificielles.
Un régime quasi exclusivement végétarien
Le ragondin est un herbivore strict, dont l’alimentation repose sur les végétaux aquatiques et terrestres. Ses incisives orangées, solides comme l’acier, déchirent les racines, tiges et feuilles de roseaux, joncs ou lentilles d’eau avec une efficacité déconcertante. Imaginez un ingénieur végétal passant ses journées à creuser et récolter des réserves nutritives…
Dans les zones agricoles, son goût pour le maïs et le blé en fait un invité indésirable. Un champ peut être ravagé en quelques nuits. Son appétit s’explique par un métabolisme exigeant : il consomme quotidiennement un tiers de son poids corporel, soit environ 2 kg de végétaux frais.
Sa relation avec l’eau influence son menu. Des études en Argentine montrent qu’il préfère les plantes aquatiques même moins nutritives, car la proximité de l’eau lui permet de fuir rapidement les prédateurs. Cette astuce comportementale révèle une intelligence adaptative surprenante pour un rongeur.
Une stratégie de reproduction redoutable
Avec une maturité précoce et plusieurs portées par an, la capacité de reproduction du ragondin est le moteur principal de sa dynamique de population et de son expansion rapide.
La femelle atteint sa maturité sexuelle en seulement 6 mois à l’état sauvage, parfois même 2 mois en captivité. Ce record de précocité biologique permet une reproduction effrénée : jusqu’à 3 portées annuelles, chacune comptant 6 à 7 petits en moyenne.
Dès la naissance, les petits défient les lois de la survie. Velus, les yeux ouverts, ils nagent 2 heures après leur venue au monde. Allaités 2 mois, ils deviennent autonomes à 4 mois. Imaginez : un bébé ragondin peut devenir parent avant d’avoir un an !
Cette puissance démographique explique leur succès invasif. En Pays de la Loire, leur population a triplé en une décennie, passant de 100 000 à 300 000 individus. Un phénomène qui transforme ces mammifères en acteurs majeurs des écosystèmes aquatiques européens.
Une espèce invasive : pourquoi le ragondin est-il classé nuisible ?
Originaire d’Amérique du Sud, le ragondin a trouvé en Europe un terrain idéal pour sa prolifération. Privé de ses prédateurs naturels, cet animal semi-aquatique a colonisé les milieux humides français avec une rapidité inquiétante. Son statut d’espèce exotique envahissante n’est plus à prouver, mais savez-vous vraiment pourquoi cette espèce suscite autant de préoccupation ?
Un immigrant sans prédateur
Introduit en France vers 1880 pour l’élevage de sa fourrure, le ragondin a rapidement échappé au contrôle humain. Dans son aire d’origine, sa population est régulée par des prédateurs redoutables : pumas, caïmans et alligators. Ce système d’équilibre naturel disparaît lors de son introduction en Europe.
Privé de menaces naturelles, le ragondin adulte se développe sans frein. Seuls les jeunes sont vulnérables face au renard, à la fouine ou aux rapaces. Cette absence de régulation explique sa classification officielle : Espèce Exotique Envahissante (EEE) préoccupante pour l’Union Européenne, et Espèce Susceptible d’Occasionner des Dégâts (ESOD) en France. Ce statut juridique n’est pas anodin.
Les impacts concrets sur les écosystèmes et les activités humaines
Derrière sa silhouette inoffensive, le ragondin cause des dommages colossaux. Son appétit dévorant et son mode de vie creuseur transforment les milieux naturels et menacent l’agriculture. Mais quels sont exactement ces effets ?
- Destruction de la végétation aquatique : En consommant massivement les herbiers, le ragondin élimine des habitats critiques pour des espèces comme les brochets ou les invertébrés aquatiques.
- Envasement des cours d’eau : La terre extraite de ses terriers obstrue les petits cours d’eau, dégradant la qualité de l’eau et perturbant les écosystèmes aquatiques.
- Compétition avec les espèces locales : Il rivalise avec le campagnol amphibie pour la nourriture et pourrait menacer le castor là où leurs aires de répartition se croisent.
L’agriculture subit également ses assauts. Le “cauchemar des agriculteurs” s’attaque aux cultures de maïs, blé et maraîchage, causant des pertes économiques importantes. Mais c’est la stabilité des berges qui inquiète le plus les ingénieurs hydrauliques.
Ses terriers, véritables galeries de 6 à 7 mètres, fragilisent les digues et ouvrages hydrauliques. L’eau, s’y infiltrant, accélère leur érosion et augmente le risque d’effondrement. Cette menace pèse sur la sécurité des zones inondables et des ouvrages de gestion de l’eau.
Face à cette situation, la réglementation s’est durcie. Classé nuisible, sa gestion nécessite des actions coordonnées. Mais comment agir efficacement contre un animal aussi prolifique et adaptable ?
Ragondin et santé humaine : quels sont les risques réels ?
Porteur de maladies : les zoonoses à connaître
Derrière son apparence inoffensive, le ragondin peut héberger des bactéries dangereuses. Ce rongeur semi-aquatique est un porteur sain de leptospirose, une maladie causée par des leptospires. Ces bactéries contaminent les milieux humides via son urine et survivent plusieurs semaines dans l’eau ou la boue. Leur persistance est maximale en été et automne, mais elles sont vulnérables aux rayons UV. Les eaux stagnantes et ombragées sont des zones à risque.
La contamination humaine survient par contact avec une plaie ou des muqueuses. Les symptômes imitent une grippe sévère : fièvre, maux de tête, courbatures. Dans 5 à 10 % des cas, des complications rénales ou hépatiques apparaissent. Les agriculteurs, pêcheurs ou pratiquants de sports nautiques courent les plus grands risques, surtout après des pluies intenses qui lessivent les sols contaminés vers les cours d’eau.
Outre la leptospirose, d’autres pathologies comme la douve du foie ou la toxoplasmose peuvent être transmises, bien que plus rarement. La toxoplasmose, liée à Toxoplasma gondii, menace principalement les femmes enceintes et les immunodéprimés. La capnocytophaga canimorsus, présente dans sa salive, peut provoquer des septicémies graves après une morsure.
La meilleure prévention contre les risques sanitaires liés au ragondin est simple : considérer toute eau stagnante ou cours d’eau où il est présent comme potentiellement contaminé et agir avec prudence.
Morsure et comportement : un animal craintif mais pas inoffensif
Le ragondin évite l’humain, mais sa morsure reste dangereuse. Ses incisives robustes provoquent des blessures profondes, source d’infections comme la pasteurellose ou le tétanos. Ses terriers complexes de 6 à 7 mètres, avec plusieurs issues, montrent son instinct de fuite. Une attaque ne survient que si l’animal est acculé sans échappatoire.
En cas d’exposition accidentelle, lavez abondamment la zone touchée avec de l’eau potable et du savon, désinfectez avec un antiseptique et protégez la plaie. La vaccination contre la leptospirose est recommandée pour les professions à risque (agriculteurs, égoutiers), mais les précautions restent essentielles. Évitez l’eau suspecte, portez gants et bottes en milieux humides, et ne manipulez jamais un cadavre à mains nues. Les personnes immunodéprimées doivent consulter un médecin immédiatement après une morsure.
| Critère | Ragondin | Castor | Rat musqué |
|---|---|---|---|
| Taille et Poids | Grand, 5-9 kg | Très grand, 15-30 kg | Moyen, 1-2 kg |
| Queue | Longue, ronde, type “queue de rat” | Large, plate, en forme de pagaie | Longue, aplatie verticalement |
| Couleur des incisives | Orange vif | Orange/Jaune | Jaunâtre |
| Oreilles | Visibles, petites | Peu visibles, presque cachées dans la fourrure | Très peu visibles |
| Nage | Corps et tête bien visibles hors de l’eau | Seule la tête dépasse, nage plus discrète | Silhouette basse sur l’eau, queue fait des ondulations latérales |
| Traces et constructions | Terriers dans les berges | Barrages, huttes, coupe d’arbres en “crayon” | Petites huttes de végétaux, terriers plus petits |
Les indices clés pour une identification sans erreur
Vous avez aperçu une silhouette furtive sur la berge et vous vous demandez si c’est un ragondin, un castor ou un rat musqué ? Ces trois rongeurs semi-aquatiques partagent des similitudes étonnantes, mais leurs différences sont criantes de précision quand on sait où chercher.
Le castor, protégé en France, mérite toute notre attention. Confondre un ragondin nuisible avec ce géant des berges pourrait avoir des conséquences légales. Ce tableau visuel synthétise les éléments décisifs pour reconnaître chaque espèce dans son milieu naturel.
Observez leurs silhouettes à la surface de l’eau : le ragondin nage fièrement avec son dos en deux bosses bien distinctes, tandis que le castor glisse discrètement en ne montrant que le bout de son museau. Le rat musqué, quant à lui, ondule avec agilité, sa queue plate frappant l’eau comme un poisson.
Les traces laissées sont tout aussi révélatrices : les terriers du ragondin (diamètre 20 cm) ne ressemblent ni aux imposantes constructions du castor (jusqu’à 30 cm de diamètre avec branches écorcées) ni aux modestes abris du rat musqué (10-15 cm). Et si vous trouvez des excréments striés longitudinalement longs de 2 cm ? Ce ne sont pas ceux du rat musqué, mais bien du ragondin !
Gestion du ragondin : entre régulation et coexistence
Un cadre réglementaire strict
Le ragondin, classé Espèce Susceptible d’Occasionner des Dégâts (ESOD) et espèce exotique envahissante (EEE), fait l’objet d’un encadrement légal précis. Il est interdit de l’introduire dans le milieu naturel, de le transporter vivant ou de l’élever sans autorisation préfectorale. Cette réglementation vise à limiter sa dispersion et ses impacts écologiques, tout en encadrant les méthodes de régulation.
Les méthodes de lutte autorisées
La gestion du ragondin repose sur des actions collectives, souvent organisées par des acteurs locaux. Voici les méthodes homologuées :
- Piégeage : les cages-pièges (catégorie 1) sont autorisées. Leur pose nécessite une déclaration en mairie, un contrôle quotidien avant midi, et une mise à mort immédiate des captures. Les modèles doivent être homologués pour éviter les souffrances.
- Tir : depuis 2003, aucun formalisme particulier n’est exigé. Dans le Cher, le tir est possible du 1er mars à l’ouverture de la chasse, à moins de 50 mètres des plans d’eau. Un bilan annuel est à transmettre à la DDT.
- Déterrage : autorisé toute l’année, il nécessite une délégation du propriétaire des lieux. L’opérateur doit porter cette autorisation sur lui et respecter les règles de l’arrêté ministériel de 2016.
Enfin, le froid agit comme une régulation naturelle. La sensibilité du ragondin aux températures négatives peut entraîner la nécrose de sa queue, limitant localement ses populations. Un rappel : ces méthodes, bien que nécessaires, doivent s’intégrer dans une approche écologique pour préserver l’équilibre des écosystèmes.
Le ragondin incarne un paradoxe écologique : voyageur sud-américain façonné par l’évolution pour dominer les zones humides, sa beauté biologique fascine, mais son invasion en Europe rappelle notre responsabilité. Sa gestion, entre régulation stricte et respect des équilibres, est un défi urgent pour préserver biodiversité et activité humaine. Observer, comprendre, agir – tel est l’appel de cette créature improbable.
FAQ
Le ragondin est-il considéré comme un nuisible ?
Ah ! La question du statut de nuisible du ragondin m’émeut toujours. En tant que spécialiste des mammifères, je dois reconnaître que cette classification n’est pas une condamnation de l’animal lui-même, mais plutôt une reconnaissance de son impact écologique et économique. Dans son pays d’origine d’Amérique du Sud, le ragondin vit en équilibre avec son écosystème, régulé par des prédateurs naturels comme le puma ou le caïman. Mais en Europe, notre ami à fourrure brune s’est installé sans passe-droit écologique. Classé comme Espèce Exotique Envahissante (EEE) par l’Union Européenne, le ragondin excelle dans un art dévastateur : la multiplication rapide (jusqu’à 3 portées par an !) et la déstabilisation des berges avec ses terriers monumentaux. Sans compter ses assauts répétés sur nos cultures. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’admirer cet ingénieur des berges… en pensant qu’il mérite une gestion rigoureuse plutôt qu’un rejet absolu.
Quel est l’intérêt écologique du ragondin ?
Quel bel exemple de complexité écologique ! Dans leur milieu d’origine sud-américain, les ragondins jouent un rôle étonnamment positif. En broutant les végétaux aquatiques, ils régulent la croissance excessive de certaines espèces, créant des clairières qui profitent à d’autres habitants des zones humides. Leur fourrure épaisse, une merveille d’adaptation aquatique, retient même des graines qu’ils dispersent ainsi lors de leurs déplacements. Mais voilà, hors de leur environnement d’origine, ces qualités deviennent des armes écologiques. Leur appétit vorace pour les végétaux aquatiques, qui peut atteindre 25% de leur poids corporel par jour, devient un fléau pour nos berges fragiles. Leur digestion incomplète, qui gaspille 80-90% du végétal ingéré, transforme un processus naturel en désastre environnemental. Alors oui, le ragondin a ses vertus… mais à condition qu’il reste chez lui !
Le ragondin peut-il transmettre des maladies aux humains ?
Cette question me tient particulièrement à cœur, pour la sécurité de mes collègues et celle de tous les amoureux des cours d’eau. Le risque principal vient de la leptospirose, une bactérie sournoise que notre ami porte sans en souffrir. L’urine du ragondin contient ces leptospires, qui survivent des semaines dans l’eau ou la boue. La contamination humaine se produit lors de contacts avec ces eaux contaminées, surtout si la peau est abîmée. J’ai personnellement rencontré des pêcheurs et des cantonniers qui en ont souffert – des semaines de fièvre et de convalescence pénibles. Heureusement, les cas graves restent rares, mais la vigilance est de mise. Et puis, soyons honnêtes : si les morsures de ce mammifère ne sont pas porteuses de maladies spécifiques, elles peuvent facilement s’infecter à cause de la flore buccale du ragondin. Un rappel : ces animaux méritent notre curiosité… mais pas notre contact rapproché !
Quel est le régime alimentaire du ragondin ?
Ah, ce grand herbivore aux incisives orange vives ! Son menu est un véritable festival végétal. En tant qu’écologue, j’adore observer comment il sélectionne les parties les plus tendres des plantes aquatiques – racines, tiges, rhizomes. Mais son addiction aux cultures céréalières (maïs, blé) et aux jeunes pousses de peuplier fait de lui un “faucheur” redouté des agriculteurs. Ce qui m’émerveille, c’est sa capacité à s’adapter aux saisons : au printemps, il dévore les jeunes pousses ; en hiver, il creuse la terre pour atteindre les racines. La rumeur qu’il mangerait du poisson ? Disons que j’ai rarement observé ce comportement dans la nature – quelques cas isolés en captivité lors de pénuries alimentaires. Non, le ragondin est avant tout un “débroussailleurs aquatiques”, un rôle utile dans son écosystème d’origine, mais dévastateur dans le nôtre.
La chasse au ragondin est-elle autorisée ?
Voici un sujet qui fâche parfois… mais soyons clairs ! En tant que mammalogiste, je dois reconnaître que pour cette espèce invasive, les règles de chasse sont assouplies. Le ragondin fait partie des Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts (ESOD), ce qui autorise sa régulation. Pour chasser, il faut simplement un permis de chasser valide et respecter les périodes réglementaires. Mais la méthode la plus courante reste le piégeage, pratiqué principalement par les FREDON/FGDON, ces fédérations de lutte contre les nuisibles. Ce qui me préoccupe, c’est de voir parfois des particuliers improvisés “chasseurs” sans formation. La régulation doit être encadrée, respectueuse du bien-être animal, et surtout efficace. Et puis, avouons-le : c’est un animal robuste, qui peut causer des dégâts colossaux aux digues… on ne peut fermer les yeux sur sa gestion.
Le ragondin est-il un simple rat d’eau ?
C’est une confusion que je rectifie souvent avec passion ! Lors de mes sorties sur le terrain, je prends toujours le temps d’expliquer que le ragondin n’est ni un rat, ni un castor, ni même un loutre. C’est un rongeur à part entière, le seul représentant de la famille des Myocastoridae. Ses pattes palmées et sa queue de rat lui donnent un air de cousinage avec les rats d’eau, mais son anatomie le distingue clairement : ses incisives orangées vives, sa fourrure dense et imperméable, et surtout ses mamelles latérales qui permettent à la femelle d’allaiter ses petits en nageant ! Sans oublier sa taille impressionnante – jusqu’à 9kg pour les mâles. Alors oui, il partage avec le rat sa voracité et sa capacité d’adaptation, mais son mode de vie aquatique le rapproche plus des castors que de ses lointains cousins terrestres.
Quels facteurs attirent particulièrement les ragondins ?
C’est une question que je me pose souvent en observant leurs terriers le long des berges. Ces architectes des marais ont des préférences bien définies : l’eau douce calme avec des berges meubles pour creuser leurs galeries de 6 à 10 mètres, les zones riches en végétation aquatique pour leur garde-manger naturel, et surtout… l’absence de prédateurs naturels ! Contrairement à leur pays d’origine où pumas et caïmans régulent les populations, en Europe, seuls les jeunes sont menacés par renards et rapaces. Et puis, avouons-le, nos cultures céréalières (maïs, blé) sont de véritables invitations au festin ! J’ai souvent surpris des groupes de ragondins s’aventurant à plus de 100m des berges pour ces festins agricoles. Sans oublier que leur sensibilité au froid les pousse à chercher des eaux plus douces en hiver. Tout cela fait de nos campagnes un paradis… pour leur plus grand malheur écologique !
Qui est habilité à piéger les ragondins ?
Ah, la réglementation est ici cruciale pour une gestion efficace et responsable ! En tant qu’écologue, je déplore trop souvent des tentatives de piégeage improvisé. En France, seul les agents des FREDON/FGDON, les fédérations de lutte contre les nuisibles, ainsi que les agents des services de l’eau et de l’environnement formés, ont l’autorisation de piéger les ragondins. Ces professionnels utilisent des cages-pièges homologués, placées stratégiquement sur les coulées de l’animal. Le but ? Capturer vivant pour une euthanasie humaine. J’ai personnellement participé à des campagnes de suivi où nous relâchions les animaux équipés d’émetteurs pour étudier leurs déplacements. L’important est qu’une régulation encadrée évite les solutions extrêmes : les anticoagulants, interdits depuis 2006 pour leur danger écologique, ou les méthodes cruelles. Car même nuisible, ce mammifère mérite un respect scientifique.
Les ragondins consomment-ils du poisson ?
Quelle excellente question, qui illustre bien les idées reçues sur notre ami rongeur semi-aquatique ! En presque vingt ans d’observation, je n’ai que **rarement observé ce comportement**… et quand cela arrive, c’est toujours exceptionnel. Le ragondin est un herbivore strict, avec la grande majorité de son régime composé de racines, tiges de plantes aquatiques, et accessoirement de céréales. Les quelques cas de consommation de poissons observés concernent presque exclusivement des poissons morts dans un contexte de captivité ou de disette extrême. Ce que j’ai souvent vu en revanche, ce sont des jeunes ragondins curieux qui chipotent des moules ou écrevisses – mais c’est bien de la curiosité juvénile, pas un régime alimentaire établi. Son système digestif, parfaitement adapté aux végétaux, n’est tout simplement pas conçu pour traiter des proies animales. Alors non, le ragondin n’est pas un prédateur aquatique, mais bien un tondeuse à végétation aquatique !





